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Blackkklansman

Par VIRGINIE REBULL, publié le mardi 13 novembre 2018 11:19 - Mis à jour le mardi 13 novembre 2018 11:32
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Blackkklansman : un Starsky et Hutch revisité
Blackkklansman : un Starsky et Hutch revisité
 
1915 : le cinéma vient d'être révolutionné, anobli, passant d’un genre grossièrement populaire à une nouvelle forme d’expression artistique. Griffith réinvente le langage cinématographique et modernise les procédés techniques avec «  La Naissance d’une Nation ». Un génie ? Spike Lee relativise cette admiration qui émane des livres d’Histoire à travers un duo insolite qui infiltre l’une des sociétés secrètes la plus virulente. 
 
Spike Lee et le risque du mauvais goût :
 
Cela ne fait aucun doute : le réalisateur de «  Malcom X » et « Do the Right Thing » aurait pû passer à côté du propos en faisant le choix de l’originalité de la forme. Si, à l’image de «  Mississippi Burning » d’Alan Parker, le traitement d’un sujet aussi sensible que le Ségrégation des États-Unis racistes des années 60 est d’ordinaire grave, Spike Lee casse les codes en optant pour l’humour. Une comédie ? Non, «  Blackkklansman » est loin d’être une comédie, alternant scène comiques et tragiques avec aisance et ingéniosité. Les quiproquos s’enchaînent, non sans quelques répétitions, ainsi que les situations absurdes et rocambolesques. Cependant, Spike Lee a eu la main lourde quant à la caractérisation des membres de « l’Organisation » qui sont sans cesse en décalage ( non sans raison ) et semblent excessifs dans chacune de leur entreprise. Une subtilité aurait été appréciable afin de rendre le propos plus vraisemblable ( en effet, comment l’homme supposé être «  Le Grand Sorcier » ne se rend pas compte que Ron n’est définitivement pas celui avec qui il parlait au téléphone ? ) Ce paroxysme de l’absurde, cette émotion que laisse transparaitre le réalisateur n’est-elle pas, en fin de compte, un cri de rage dans un monde de sourds ? Si Spike Lee choisit la tristement célèbre société secrète du Ku Klux Klan, ce n’est pas anodin. Les références à la politique du Président américain, Donald Trump, sont d’abord implicites ( « America First » clament fièrement les chevaliers blancs ), mais les images d’archives présentent à la fin du film témoignent, quant à elles, de l’aversion explicite ressentie par l’artiste. C’est lors de ces mêmes images que sont montrés les manifestations violentes et racistes de Charlottesville, en 2017, qui ont coûté la vie à une jeune femme, Heather Heyer, à qui le film est dédié. Ainsi donc, les idéaux xénophobes ne semblent pas éteints dans un pays pourtant construit grâce à l’immigration. 
 
Blackkklansman, un « much ado about nothing » ?  
 
Jusqu’alors, le nouveau-né de Spike Lee n’a pas laissé les critiques indifférents. Des Cahiers du cinéma à la revue cinématographique locale, l’encre a coulé à flots ! Publicité injustifiée ? Non. La forme extravagante a provoqué des divergences, certes, mais c’est également pour son audace que le film a gravé les mémoires. Qui aurait osé ( sinon implicitement et avec une parcimonie subtile qui aurait rendu le propos vague ) critiquer avec tant de violence le « maître » Griffith ? Qui aurait osé regarder le fond de ce monument cinématographique d’une manière si réactionnaire ? Et nous en rions ! Nous rions de la grossièreté malsaine de ces blancs qui regardent, de manière enthousiaste, un film dont les premiers mots sont : «  L’introduction des Africains en Amérique a planté la première graine de la discorde ». Nous rions pour ne pas pleurer. Paradoxalement, Spike Lee utilise l’art du montage alterné lors de cette séquence virulente, technique laborieusement découverte par D.W Griffith avec « La Naissance d’une Nation ».  
 
Ainsi donc, le duo Jonh David Washington ( qui avait occupé l’écran dans « Malcom X » aux côtés de son père ) et Adam Driver, sonne comme une révélation du grand écran cette année. Espérons que Spike Lee nous entraîne aussi admirablement dans son prochain univers. D’ici là, conservons le souvenir doux-amer de « Blackkklansman » et de ses personnages marginaux. Après tout, lorsqu'un flic noir et un flic juif infiltrent le Ku Klux Klan, qu’est-ce qui pourrait mal tourner ? 
 
Texte de Salomé BILHERAN TL1
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BlacKkKlansman : J’ai Infiltré le Ku Klux Klan de Spike Lee

 

 Spike Lee signe son retour au film engagé. 26 ans après Malcolm X (1992) et après une série de films décevants (Chi-Raq en 2015, le remake de Old Boy en 2013…), Lee nous livre un film tiré « de p****** de faits réels », de l’autobiographie de Ron Stallworth, le policier afro-américain qui infiltra, en 1979, l’antenne du Ku Klux Klan de Colorado Springs. Une histoire si invraisemblable qu’elle semble avoir été écrite pour Lee lui-même.

 

Colorado Springs, 1979 ; Ron Stallworth est engagé dans la police locale et il est le premier afro-américain à l’être. Voulant faire rapidement ses preuves, il parvient à être promu au poste d’inspecteur. Après s’être infiltré dans un rassemblement de militants du Black Power, il décide de s’intéresser à la branche locale du Ku Klux Klan qui fait sa promotion dans la presse locale. Ron prend son téléphone, compose le numéro de l’annonce et se présente comme un raciste notoire. Il envoie un collègue, Flip Zimmerman (qui lui est juif), assister aux réunions du Klan.

 

 

Une comédie rythmée mais peu variée

 

Bien que le film débute par une longue scène extraite d’Autant en Emporte le Vent (1939), la longueur n’est pas une constante dans le long-métrage et cela dès la seconde partie de l’introduction. On y voit un professeur d’université enregistrer un petit film raciste sur un fond d’extraits de Naissance d’une Nation (1915) de D. W. Griffith. Ce professeur se ridiculisant lui-même en oubliant son texte, bafouillant, en ayant des mimiques et des manies absurdes. Et avant même le générique de début, l’on a vu l’un des deux piliers de l’humour de ce film :

Les personnages racistes sont ridicules.

Le second pilier lui repose sur le quiproquo entre Ron Stallworth et le KKK.

 

Et cet humour devient au long du film de plus en plus lassant. Lors de la quatrième ou cinquième scène au téléphone entre Ron et un membre du Klan, la présence des collègues de Ron semble un peu forcée. Ces personnages, pour la plupart secondaires, semblent ne servirent que d’indice d’humour pour le spectateur, indiquant qu’il faut alors rire.

 

Un film engagé mais maladroit

 

Pour continuer sur l’humour du film, en voulant faire passer un message à travers, l’humour finit par desservir ce message. Tout au long de l’histoire, les membres du Ku Klux Klan sont ridiculisés : alcoolique, fou dangereux, arriéré, etc. Les rares personnages issus du K.K.K montrés sérieusement, ne sont pas montrés comme de potentielles menaces car ils ne sont pas respectés par les autres membres ou, par exemple les deux militaires présents uniquement lors de la scène du champ de tir, sont effacés de l’intrigue sans que l’on ait de réels indices sur leur devenir.

Et ainsi, Spike Lee, qui veut ridiculiser le Ku Klux Klan, en vient à oublier le message qu’il doit faire passer :

Le KKK est dangereux.

La seule scène où il semble être une réelle menace, cela est désamorcé par une sorte de deus ex machina plutôt hasardeux (qui doit tout de même être réel puisque le film est basé sur des faits réels).

 

 Un film actuel

 

Lee parvient tout de même à corriger son tir dans une séquence finale brute, qui arrive comme un coup de poing dans le visage. Comme si il lançait au spectateur :

« Vous avez bien ri ? Mais si je vous dis que tout ça existe toujours, vous riiez encore ? »

La présence de David Duke, le vrai, dans cette séquence renvoie donc directement au film m  ais aussi à ses fréquentations, comme Donald Trump (lui aussi présent dans la séquence finale) à qui Lee a glissé plusieurs piques tout au long du récit. Il aurait été ainsi intéressant de mieux travailler ce parallèle avec l’actualité durant le récit. Cela aurait rendu le message final plus subtil mais peut être aussi moins percutant pour une partie du public.

 

Un film très référencé

 

Dans sa réalisation, Spike Lee a semé ses références personnelles, mais aussi d’autres références, plus ironiques.

Bien sûr, le film saute aux yeux par son esthétique directement empruntée aux films de la période de la Blaxplotation comme Shaft (1971) ou Super Fly (1972) (qui sont cités directement dans le film). D’ailleurs, la bande-son de BlacKkKlansman, composée par Terence Blanchard, sorte de mélange d’orchestre symphonique et d’un groupe de funk, n’est pas sans rappeler la (légendaire) bande originale de Shaft composée par Isaac Hayes.

Mais Lee emprunte aussi à des films totalement opposés à la Blaxplotation. La première image du film est extraite d’Autant en Emporte le Vent (1939), plus belle romance du cinéma pour certains, mais surtout un récit qui place les sudistes esclavagistes en victimes face aux nordistes abolitionnistes. Mais il va remonter encore plus loin et va intégrer directement dans son film par le scénario mais aussi la réalisation, Naissance d’une Nation de David W. Griffith. Ce film, lui aussi adapté d’un roman, décrit une Amérique post-guerre de Sécession, et donc après l’abolition de l’esclavage, où les noirs ont pris le pouvoir, en abusent et où le KKK est là pour remettre les choses dans l’ordre. Ce film apparaît lors d’une séquence en montage parallèle (technique dont l’invention est attribuée à Griffith) entre Harry Belafonte racontant le lynchage de Jesse Washington en 1916 et les membres du Klan de Colorado Springs recevant David Duke (le Grand Sorcier du KKK) par un visionnage de la Naissance d’une Nation en exaltant de joie lorsque, par exemple, un noir est pendu. La présence ici de Harry Belafonte n’est d’ailleurs pas anodine. Il fut le premier acteur afro-américain à s’engager publiquement pour la cause noire et les droits civiques.

C’est ainsi une manière pour Spike Lee de rendre hommage à ceux qui se sont battus, comme Harry Belafonte, comme Ron Stallworth, contre le racisme qui agitait, et agite encore, les États-Unis.

 

Texte de Benjamin CHENOU 1L2